Bon, je vous parle de mon groupe fétiche: The Cult!
Pourquoi? D’abord, parce que j’adore ce groupe! Mais aussi, de ma façon, je souhaite faire valoir leur pertinence et leur talent. Aussi, parce que mon impression est que c’est un groupe méconnu, mal-aimé et dont on ignore le riche catalogue musical.
The Cult, ce n’est pas le premier groupe que j’ai découvert et aimé, mais c’est le premier qui m’a complètement accroché. Premier concert! Premiers t-shirts de fan fini. Premières cassettes usées à force de les écouter. Pendant près de 30 ans, je me suis procuré tous les albums, coffrets, EPs (extended plays) qu’ils ont mis sur le marché. Je visitais fréquemment les magasins de vinyles du centre-ville montréalais (vous vous souvenez de Dutchy’s sur Saint-Laurent au coin de Maisonneuve?) pour trouver ces fameuses exclusivités (les EPs).
Bref, vous aurez compris que je suis un fan fini de ce groupe.
Et, je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas plus de succès ou de respect des fans. En 89, alors que je cherchais des amis pour aller voir leur spectacle de la tournée Sonic Temple au Forum, une amie me dit « hein, le groupe avec le chanteur qui se tortille sur scène dans la vidéo? Heu, non merci ». À lire dans The Rolling Stone Encyclopedia of Rock & Roll (pour les amateurs de musique, à acheter!!!), que « Pour certains auditeurs, The Cult est une parodie brillante (!!), pour d’autres, la vraie affaire », est un non-sens pour moi. Et, une grande déception d’apprendre le doute à leur égard.
Depuis 35 ans, ce groupe formé à Brixton en Angleterre n’a jamais cessé de sortir des albums à ventes acceptables – tous leurs vinyls jusqu’à The Cult paru en 1994 sont certifiés au moins argent (voir les classifications sur Wikipedia) – et n’ont jamais relâché sur les tournées mondiales.
Si cela n’indique pas une forte longévité et une pertinence, je ne sais pas ce qui le fera.
The Cult, c’est une évolution constante passant de l’après-punk au hard rock et au grunge. Un peu comme mon évolution musicale. À travers eux, j’ai aussi découvert d’autres groupes et styles. Certains diront qu’ils imitent les styles en vogue à ce moment, je vous dirais que c’est plutôt un signe de passion musicale et de détermination à se renouveler constamment. Et, forts des ventes d’album et des spectacles, je crois qu’ils réussissent assez bien.
Pour bien apprécier l’évolution et connaître le groupe, il faut débuter avec The Southern Death Cult (album) groupe formé en 1981 par le chanteur, Ian Astbury, et Theatre of Hate (album) dont le guitariste Billy Duffy a fait partie avant de rejoindre celui qui deviendra son complice, et parfois son antagoniste, Ian.
De cette rencontre, est né en 1983 Death Cult devenu The Cult après un EP Ghost Dance.
Ces deux albums, Southern Death Cult et Ghost Dance, démontrent qu’Ian et Billy maitrisaient bien l’univers musical qui prévalait à l’époque en Grande-Bretagne: un après-punk « urgent » se dirigeant vers le « mélodicisme » qui allait marquer le pop/rock des années 80. Écoutez Moya, All Glory, False Faces tirées de l’album Southern Death Cult, ainsi que God’s Zoo, Horse Nation et Too Young des albums de Death Cult. Vous verrez rapidement le talent et la richesse des pièces qui les mèneront vers la prochaine étape.
C’est ce qui a pavé leur entrée dans les majors avec LOVE, le deuxième album officiel après Dreamtime. Bien ce que ce dernier ne contienne pas les hits comme Love, Rain et l’éternelle She Sells Sanctuary, qui mettront le spotlight sur The Cult, leur premier album est une belle entrée en matière: la reprise de Horse Nation, Go West, Dreamtime et A Flower in the Desert sont des pièces qui s’imposent. Le style de Billy Duffy s’installe sur cet album: des mélodies simples et efficaces jouées avec des cordes ouvertes. J’ai toujours un plaisir de jouer la partition de ce guitariste. Vous retrouverez celles-ci sur à peu près tous les albums subséquents. C’est sa marque.
LOVE. Que dire de plus? C’est l’album qui propulse le groupe à l’avant-plan et fait d’eux un incontournable des années 80s. Même en oubliant She Sells Sanctuary, ce disque regorge de chansons accrocheuses: Love, Rain, Nirvana, Revolution, pour ne nommer que celles-là.
C’est à ce moment que le groupe débute une tendance, qui durera toute leur carrière, soit la parution d’albums de type extended play ou EP; des enregistrements de quelques chansons remixées, des variantes, ou des nouveautés jamais parues ailleurs et qui ne paraîtront pas sur d’autres albums. Pour moi, c’était une vraie chasse au trésor! Ces enregistrements étaient souvent fabriqués en petites quantités et étaient rarement dans les bacs des disquaires populaires (même la liste fournie par Allmusic.com est incomplète!). Il fallait courir les endroits plus fringe et y aller souvent pour avoir l’opportunité d’en trouver un ou deux. Mes endroits de prédilection: Dutchy’s et Rock en Stock sur Crescent.
Mes EPs favoris sont certainement ceux de l’époque Electric et Sonic Temple, dont je vous parlerai plus tard. Ceux tirés de la première, soit Wild Flower, Lil’ Devil et Love Removal Machine étaient surtout pour leur couverture, alors que pour la deuxième, c’était pour les mixes et remixes. Les essentiels: Edie, Fire Woman Mixes et Sweet Soul Sister Mixes. Cela a fait en sorte que ma collection de disques, cassettes et CDs a rapidement grossi exponentiellement.
Mais l’époque de LOVE a aussi fourni des EPs forts intéressants, dont Resurrection Joe et She Sells Sanctuary avec la couverture de tête d’indien, démontrant la passion d’Ian Astbury par rapport aux amérindiens. Vous la retrouverez souvent dans ses chansons, même aussi loin que le début des années 80s avec The Southern Death Cult.
Et qui dit années 80s, dit vidéoclips! (J’étais fan: J’ai acheté le VHS des clips de cette époque!) Bien que le style de ces années y est présent, on sent que The Cult ne sera pas tout-à-fait ou complètement mainstream. Les danseuses-geishas, l’attitude plus rebelle/rockeuse. La prochaine direction est clairement annoncée: rock-rebelle.
Et c’est ici que s’opère la plus grande transformation du groupe. Electric.
Electric, c’est le passage au rock sale. Mais avant d’y arriver, il a fallu l’enregistrement d’un album complet qui s’est retrouvé aux « poubelles »!
En effet, en 1986, The Cult a enregistré un album complet avec une sonorité inspirée de LOVE, plus punk-pop des années 80s, que vous pouvez écouter sur Manor Sessions, Electric Mixes, Love Mixes. Insatisfaits, avec un nouveau producteur, ils ont entrepris de ré-enregistrer l’album au complet. Et ils ont bien fait!! De cela est né Electric.
Love Removal Machine, Wild Flower, Lil’ Devil et la reprise de Born to be Wild de Steppenwolf, sont des pièces hard rock qui déménagent. Pas pour rien que leur tournée 1987 a mis Guns N’ Roses en vedette à titre de première partie!
S’ensuivra de Sonic Temple. C’est à ce moment que je découvre le groupe avec Fire Woman. J’ai été subjugué par cette pièce à la fois planante avec son intro/outro d’arpèges et lourde avec le reste. À cette époque, j’étais un adepte et un fervent étudiant de la guitare électrique. Le mur d’amplificateurs Marshall et le style de Billy Duffy dans la vidéo de cette chanson n’ont fait que confirmer mon chemin. Je suis rapidement devenu membre du fan club avec l’épinglette à l’image de la couverture (voir l’image de ce blogue), que j’aie toujours d’ailleurs!
Cet album a marqué le (mon) début des années 90s avec Sweet Soul Sister, Sun King, et surtout Edie (Ciao Baby), chanson dédiée à Edie Sedgwick, la muse d’Andy Warhol.
C’est à ce moment que j’entends pour la première fois le nom de Matt Sorum, qui deviendra le batteur de Guns N’ Roses pour la période Use Your Illusion. Je le mentionne parce que The Cult a de curieuses similarités avec Spinal Tap, cette parodie de groupes rock dont l’historique est marquée par la perte de plusieurs batteurs, dont certains sont disparus dans des circonstances mystérieuses; combustion spontanée, décès non élucidé suite à un accident de jardinage, etc (Pour les musiciens, ce film est un must).
En effet, durant son existence, The Cult a toujours été formé de deux musiciens principaux, soit les fondateurs Ian Astbury et Billy Duffy. Dès la fondation du groupe, ils ont eu un bassiste stable en Jamie Stewart, jusqu’à son départ après l’album Ceremony au milieu des années 90s. Mais durant tout ce temps et encore aujourd’hui, il y a eu une succession de batteurs, dont certains ont quitté dans des circonstances un peu loufoques; ex. déportation vers la Sierra Leone!
À partir de Ceremony, il ne restera plus que les deux fondateurs. Cet album est généralement reconnu pour être une déception, malgré le succès de la pièce Wild Hearted Son, où l’influence amérindienne est clairement présente.
À partir de ce moment, c’est un peu l’incertitude. Plusieurs fois, le groupe se sépare et se reforme. Clairement, l’âge amène moins de patience pour Ian et Billy. Le premier, au début des années 2000, sera le frontman de The Doors of the 21st Century, la ré-émergence de The Doors avec un nouveau chanteur.
Le prochain disque, éponyme, est quelque peu singulier. Pour ma part, je l’aime bien mais il n’a pas plu à beaucoup. Il offre un détour brusque de ce que The Cult nous offrait depuis quelques années. D’abord, la longue chevelure noire d’Ian Astbury n’était plus: cheveux coupés courts! Ensuite, c’est le style plus grunge que le groupe adopte pour cet enregistrement avec comme back-up le bassiste et le batteur de The Mission (pour les connaisseurs, vous vous souviendrez des chansons à succès de la fin des années 80, Deliverance et Butterfly on a Wheel). Deux pièces qui se démarquent clairement: Coming Down (Drug Tongue) et Real Grrrl.
Au travers des séparations, le groupe proposera un nouvel album au début des années 2000, Beyond Good and Evil. C’est lourd. Rise, la pièce centrale en est la preuve. Ça déménage. Peut être un peu d’agressivité de la part des fondateurs? En tout cas, ce fut parfait pour mon groupe. Nous l’avons rapidement intégrée à notre set list.
Par la suite, au travers des albums Born into This, Choice of Weapon, Hidden City et Under the Midnight Sun (2022, quand même!), ce sera divers projets, pauses et tournées qui marqueront le groupe. Ces albums ont bien performé quoique jamais comme ceux auparavant.
C’est la nostalgie qui continuent à nous mener à leurs concerts, trop peu fréquents à Montréal, et à écouter les albums en boucle. Mais, malgré une carrière qui semble s’étioler, The Cult laisse un riche patrimoine. La preuve: 10 albums officiels, deux sous The Death Cult, plusieurs succès durant trois décennies, une panoplie de EPs, plusieurs compilations et importations, et un magnifique coffret de raretés, démos, pièces live, remixes, etc. Quand même intéressant pour un groupe traité de « parodie brillante ».
Pour moi, The Cult a été une inspiration importante et un refuge musical.
Je continuerai à lever le bras et brandir ma guitare comme Billy.
