C’est la deuxième partie d’une citation de Ingmar Bergman relativement à la conscience de l’art et de l’effet des oeuvres audiovisuelles sur nos sentiments; Film as Dream, Film as Music. Mais, comme l’a aussi bien dit Beethoven: Music is like a dream.
Alors, quoi de mieux que des oeuvres audiovisuelles sur la musique!? C’est comme le double whammy des arts et des sentiments, non?!
Et, des documentaires sur la musique, il y en a. Je vous parle ici de quelques uns que j’apprécie beaucoup.
Déjà, dans cette entrée de blogue, je vous indiquais que Dave Grohl du groupe Foo Fighters avait produit et réalisé deux documentaires particulièrement intéressants.
Le premier, c’est une série diffusée il y a quelques années sur HBO, Sonic Highways. De celle-ci est né un album, paru en 2014. Le tagline: Every City Has A Sound, Every Sound Has A Story. Tellement vrai. J’ai adoré cette série au concept quand même unique: à chaque épisode, le groupe visite une ville des États-Unis et s’inspire de son histoire et de sa vibe pour composer et enregistrer une chanson, notamment avec un des artistes rencontrés. Celle-ci est présentée comme vidéoclip à la fin de l’épisode en plus de se retrouver sur l’album. Bien que j’aie aimé tous les épisodes, mes chansons favorites: Congregation de l’épisode « Nashville » avec Zac Brown (tout un guitariste!), ainsi que celles provenant des épisodes « Chicago » et « Los Angeles », respectivement Something from Nothing et Outside.
On attend la saison 2 avec impatience, n’est-ce pas?
Quant au deuxième documentaire, c’est un film intitulé Sound City: From Real to Reel. Celui-ci raconte l’histoire d’un studio d’enregistrement de Los Angeles, Sound City. Un site, quoique peu invitant, qui a vu naître à l’intérieur de ses murs des albums plus que primés, soit plus d’une centaine de disques or et platine (500 000 à 1 000 000 copies vendues). Pourquoi? Personne ne le sait vraiment. La vibe? Peut-être.
En tout cas, la console, une Neve Electronics 8028, quasiment unique en son genre (seulement quatre dans le monde!) y est pour quelque chose parce qu’elle a contribué au succès de plusieurs groupes, dont Fleetwood Mac, Foreigner, Tom Petty, Nirvana, et j’en passe. Aujourd’hui, cet équipement se retrouve dans le studio personnel de Dave Grohl et figure de façon proéminente dans la deuxième partie du documentaire car ce dernier y invite des musiciens ayant auparavant enregistré dans le fameux studio à collaborer à l’élaboration de pièces musicales.
(Fait intéressant: le studio a été rouvert en 2017.)
D’autres artistes, eux, ont eu moins de chance. On le constate à travers deux documentaires, soit 20 Feet From Stardom et Hired Gun: Out Of The Shadows, Into The Spotlight.
Le premier nous présente des artistes d’exception qui trainent dans l’ombre des autres: les choristes. Malgré leur talent et dévouement à leur art, ils n’ont jamais pu percer comme soliste reconnu. C’est l’histoire de quelques unes d’entre elles; leurs aspirations, succès et déceptions. Certaines espèrent avoir une carrière mais ne l’atteignent pas, peu ont un certain succès et, d’autres, se contentent très bien d’être choriste. Même, dans le but de se faire reconnaître à son propre compte, l’une d’elles a participé à The Voice, un peu comme l’a fait Sylvie Desgroseillers à La Voix en 2015.
« Some people will do anything to be famous. I just wanted to sing« .
Hired Gun, quant à lui, fait le même travail mais du côté des « agents libres » de la musique, i.e. les musiciens engagés pour les sessions en studio ou les tournées. Ils ne sont peut-être pas connus du public mais ils sont des spécialistes de leur art. Plusieurs, sinon tous, sont souvent meilleurs que l’artiste qu’ils accompagnent. Malgré cela, ils demeurent dans l’ombre et sont à la merci de leur « employeur ».
À titre d’exemple: alors qu’ils furent le backing band de Billy Joel pendant plusieurs décennies, du jour au lendemain, les musiciens se sont retrouvés sans emploi suite à un simple coup de tête de Billy. Triste histoire, parce que malgré les années de service, ils les a par la suite ignorés. Le métier de hired gun est souvent ingrat car, bien qu’ils participent souvent aux compositions de l’artiste, ils n’obtiennent généralement aucune royauté ou reconnaissance pour leur contribution.
C’est un autre visage que ces documentaires nous présentent; soit l’envers moins glamour d’être musicien ou chanteur professionnel.
Dans la catégorie « documentaire pur », il y a en beaucoup. De bons, comme de vraiment pas très bons.
J’aime beaucoup les « making of » des albums. Par exemple, The Making Of: The Unforgettable Fire de U2, un des premiers, à mon souvenir, à avoir vu. C’est fascinant. Par exemple: la séquence (à partir d’environ 19:30) où Bono exprime sa déception concernant Pride (In The Name Of Love), et les réalisateurs, Brian Eno et Daniel Lanois, de suggérer de la ralentir (!) pour « l’améliorer ». Ah bon.
Il y a aussi ces films qui brossent un portrait complet de la carrière d’un artiste ou d’une groupe. Un des meilleurs, à mon avis, c’est History of The Eagles, part 1 and 2. On y retrouve l’histoire complète (même pre-Eagles) des membres, les albums, tournées, tribulations, départs, arrivées, séparation, réunion, etc., tout cela avec beaucoup de séquences vidéos, d’entrevues et de concerts. En fait, il présente les dessous de toute une carrière qui est mise au jour, avec, dans ce cas-ci, un focus sur les deux principaux compositeurs, Glen Frey et Don Henley. Car, The Eagles, c’est eux.
Un trois heures extrêmement plaisant.
Mais si voulez du vrai « dessous » de band, c’est avec Metallica: Some Kind of Monster que vous allez vous régaler. En marge de l’enregistrement de leur album St. Anger, le groupe a permis à une équipe de documentaristes de les suivre durant l’enregistrement de l’album. Ceci comprend également les sessions de psychothérapie de groupe (oui, oui!) auxquels ont pris part tous les membres. Car, suite au départ de leur bassiste et de la dernière tournée, plusieurs enjeux n’avaient pas été adressés et, certains, depuis bien longtemps.
Évidemment, pour un musicien ayant fait partie de groupes de musique, ce documentaire est ultra-fascinant. Il présente aussi un reflet, quoique parfois minime (!?), sur nos propres expériences au sein d’un band.
Maintenant, une découverte des dernières années: The Pursuit of Tone.
D’abord, cette série « documentaire » est intéressante car elle est un exemple parfait de content marketing. Ce terme désigne un contenu (original) créé pour ou dans le but de faire la promotion d’un produit ou d’une marque. Ce n’est pas une publicité. C’est un contenu avec une trame narrative mais dans laquelle est « inséré », « associé » ou autrement « promu » un produit, service ou une marque, et pour lequel le moyen de diffusion est un médium traditionnel, par exemple une série télévisuelle, un film ou documentaire, ou même une oeuvre écrite.
Bref, la série The Pursuit of Tone a été créée pour la compagnie Ernie Ball, un manufacturier d’instruments et accessoires musicaux, et diffusée uniquement sur Direct TV ou AT&T U-Verse aux États-Unis. Elle met en vedette des guitaristes de différents styles qui parlent de leur instrument, de leur histoire, de leurs passions. C’est vraiment une superbe comme série de content marketing. Elle atteint exactement le but souhaité et présente « l’annonceur » de la meilleure façon sans pour autant parler de lui.
Bien que vous ne puissiez pas l’écouter à moins d’avoir un software « pirate » (?), vous pouvez quand même voir des extraits vidéos pour chaque guitariste vedette. Il y a même Billy Duffy du groupe The Cult!!! (Oui!)
Enfin, ce n’est pas du documentaire, mais j’ai le goût de vous en parler ici. J’ai récemment découvert les NPR Tiny Desk Concerts; des vidéos sur le web qui présentent des concerts très intimes entre un bureau et une bibliothèque (?). Il y a de belles trouvailles mais aussi des artistes un peu plus connus comme Florence + The Machine, Adele, Chance The Rapper et John Legend. Quand même! À visionner.
Bref: La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil – Friedrich Nietzsche.
I agree.
