C’était un 12 novembre.
Je m’en souviens très bien, car à cette journée de 2014, ma vie a pris une drôle de tournure. C’est durant la 46e semaine de cette année qu’on m’a annoncé que j’avais une tumeur au cerveau.
Au-delà de la panique, de la peur, et des questionnements, ma plus grande anxiété était d’annoncer cela à ma mère; son seul enfant, atteint d’une condition médicale sérieuse, alors que son mari, mon père, était décédé du cancer 17 ans plus tôt après deux années de combat.
C’est le dimanche 16 novembre, le jour suivant la soirée des employés, le party de Noël de notre entreprise, que je lui ai annoncé cette réalité. Depuis quelques semaines, à part ma conjointe, je n’avais parlé à personne des suivis médicaux que j’effectuais. D’abord, je ne voulais pas affoler ma famille, mes amis et mes collègues jusqu’à ce que le verdict soit confirmé. Mais, aussi, parce que cette semaine là, la W46, nous avions des événements conjoints, tels la soirée des employés et une conférence que nous donnions, lesquels je ne voulais pas affecter par notre absence ou une présence déficiente.
C’est donc ce dimanche que j’ai dévoilé ma condition et le fait que nos vies allaient être un peu chamboulées. Comment? Je ne le savais pas vraiment. Car, même les médecins ne pouvaient prévoir comment la suite se ferait exactement. Oui, ils connaissaient les examens, interventions et traitements qui surviendraient, mais pour le reste, c’était (c’est) un peu aléatoire. Comment je réagirais, comment la tumeur réagirait, comment les autres réagiraient?
S’ensuivit de plusieurs semaines difficiles. Difficiles, parce que je devais annoncer à mes amis, ma famille et mes collègues ce qui se passait: les traitements, les effets, les conditions aléatoires. Mais, aussi, difficile sur l’âme. Qu’est-ce que cela veut dire? Comment sera ma vie à partir d’aujourd’hui? Vais-je mourir bientôt? Serais-je handicapé physiquement et/ou mentalement d’une quelconque façon?
Entreprendre ce voyage, c’est faire confiance à la vie. Mais, c’est aussi prendre charge de sa propre destinée, ne pas baisser les bras. Car, si on s’abandonne au désarroi, la game est perdue d’avance.
Malgré toutes les peurs que j’avais en moi, j’ai entrepris ce voyage avec détermination. Une chose était certaine: je ne perdrais pas confiance et je ne me laisserais pas abattre par ma condition. I will fight.
Mon combat m’a amené dans des coins où je devais m’attarder aux coups à venir et me préparer pour le reste du duel. Quelle serait ma finalité? Comment devrais-je percevoir l’avenir? Qu’est-ce qui a véritablement changé? Quelles sont les options?
Nous avons tous une fin de vie, mais personne ne sait quand ou comment celle-ci surviendra. Notre date d’expiration est dans un tiroir fermé; ni vue ni connue. Une maladie potentiellement fatale a pour effet d’ouvrir le tiroir, de connaître mais pas de savoir. Mais, cette connaissance, que fait-elle? Car, bien que vous en êtes conscient, vous ne savez toujours pas votre date fatidique. Est-ce de votre maladie que vous allez mourir ou simplement par un accident d’autobus?
Pour moi, cette prise de conscience a eu l’effet de m’apaiser, parce que ne sachant rien de plus, j’ai arrêté de m’en faire. Mais, elle m’a aussi fait réaliser que je passais à côté de plusieurs opportunités de vie, que je ne profitais pas assez de ma conjointe, ma famille, mes amis, que je n’assouvissais pas assez des passions, d’intérêts, que je ne profitais pas assez de la vie, et de tous les privilèges qui étaient à ma portée.
Durant mon ralentissement forcé, je me suis fait un devoir d’être plus proche de ceux qui font partie de ma grande famille, d’exprimer davantage ma créativité (j’en parle dans cette entrée de blogue), de profiter plus de la vie. Aujourd’hui, malgré mon horaire occupé, j’essaye d’en faire le plus possible afin de ne pas regretter.
Évidemment, un tel événement dans une vie provoque nécessairement un changement. Non, je ne suis pas devenu hippie, ou grano et je n’ai pas délaissé tous mes biens pour vivre sur une île déserte ou entrepris un grand projet humanitaire. Mais, il fallait que je vois la vie autrement. Bien que j’avais déjà entamé ce travail quelques années plus tôt, je devais « laisser aller » des rancunes et des peurs. C’est « devant » qu’il fallait que je regarde, pas dans le rétroviseur. Cela m’a permis d’être plus présent dans mon couple, d’avoir une relation plus serrée avec ma mère, de me rapprocher de mes chums. Bref, de tous ceux qui ont une importance dans ma vie.
Et, au travers de mon combat, j’ai eu une armée autour de moi. D’abord, ma conjointe qui a été au front à mes côtés, mais aussi ma mère et son mari, qui ont été présents, aimants, et qui se sont assurés que nous soyons toujours supportés de toute sorte de façon afin de nous aider à passer au travers du quotidien. Mes amis, membres de ma famille et collègues, qui se sont informés de moi plus que régulièrement, qui s’inquiétaient aussi. De plus, une légion, un bataillon d’âmes, ont prié pour moi à tous les jours, toutes les semaines, même certains qui ne m’avaient jamais rencontré.
L’année suivante, à pareille date, je me suis envolé, seul, vers les côtes est de l’Écosse. Je venais d’avoir la confirmation d’être en rémission et, comme je l’ai indiqué dans ce post Facebook, ce voyage avait plusieurs buts, dont remercier mon père qui a « provoqué » la découverte de ma tumeur. Je devais m’éloigner de mon entourage pour me retrouver davantage près de lui. Pas tant dans la destination mais dans le voyage mental et spirituel.
Aujourd’hui, la tumeur – mon « amie » comme l’a nommé un de mes médecins -, est toujours là. Mais, elle reste tranquille et c’est tant mieux. D’une certaine façon, c’est véritablement une amie car elle m’a permis de m’améliorer, d’être plus heureux, plus épanoui, et plus proche de ceux que j’aime.
Merci « l’amie ».
A friend is someone who gives you total freedom to be yourself – Jim Morrison

Bonjour! Je vous remercie!
Bonjour Bruno, je ne sais si tu te souviens de moi, j’ai travaillé chez Spectra aux communications du secteur Films et Television. On ne se connaissait pas beaucoup, mais je me souviens quand même de ta grande gentillesse. J’ai lu des textes que tu as écrit et qui m’ont beaucoup émue, car moi aussi je connais bien le cancer, ayant eu 2 fois sa visite dont la dernière en 2014. Je ne travaille plus à temps plein depuis qq années, mais je suis devenue très active auprès du CHUM à titre de patiente partenaire.
Mais je t’écris pour te dire que je t’admire beaucoup et, quand j’ai vu cette campagne que tu fais pour l’obtention d’un appareil au laser, j’ai trouvé cela tellement généreux de ta part que j’ai fait suivre le courriel de la Fondation à des amis et membres de ma famille.
J’espère vraiment que cette campagne portera fruit et je te souhaite encore de longues et belles amies avec cette « amie » que tu sembles avoir tellement mieux apprivoisée que moi …
Au plaisir, cher Bruno !
Lucie Piché