septembre 3

Les Fermeurs

2  commentaires

Les Fermeurs

Bruno Ménard

Plusieurs d’entre-vous savez que je suis un fervent amateur de musique et que depuis l’âge de 12 ans, un musicien passionné. Mais, saviez-vous aussi que je fais aussi partie d’un groupe sélect et reconnu pour « fermer la place »? Pas dans le sens de « yé trois heures, on farme » mais plutôt dans le sens de « fermeture permanente ».

Il y a bientôt 30 ans, mes deux meilleurs chums et moi avons formé un groupe de musique. Nous nous sommes découverts cette passion commune dans une chambre d’hockey; une passion qui a animé nos vies intensément pendant plusieurs années (encore parfois aujourd’hui) et qui a mené à toutes sortes d’expériences, dont celle que je vais vous raconter.

Comme tout musicien, nous aspirions à devenir des vedettes et jouer sur scène devant des milliers de personnes. Nous avons réussi! En partie.  Au cours de nos années « actives », nous avons eu l’opportunité de jouer sur plusieurs scènes de la région de Montréal et même de Toronto. Nous sommes devenus des vedettes pour nos proches mais n’avions pas assez d’eux pour jouer devant des milliers de personnes.

Au travers de notre fameuse carrière, nous avons réussi un fait que peu d’autres groupes peuvent se vanter: fermer les halls de concert où nous avons joué!

Oui, oui. Vous avez bien compris: après notre passage, les bars et salles qui nous ont accueillis ont cessé leurs activités.

Un peu dur sur l’égo.

Étions-nous mauvais à ce point? Ça, je peux pas vous répondre mais nous, on se trouvaient pas mal bons.

Sur la multitude d’endroits où nous avons performé, dix (!) ont fermé leurs portes, dont un à Toronto. Quand même, non?

La première victime fut le Ralphie’s Pub sur de la Montagne au sud de Ste-Catherine. Alors qu’aujourd’hui c’est Pizza chez Dany qui est à cet endroit, ce bar occupait un petit espace au sous-sol. C’est le lieu de notre premier vrai concert ever! C’est aussi où (je vais me vanter…) je me suis fait dire par le propriétaire du bar et aussi musicien que j’étais un très bon guitariste pour mon age et le serais encore plus avec l’expérience à venir. Bon, le suis-je devenu? À d’autres de le dire mais cela m’avait donné un boost incroyable. Il m’avait même invité à jouer avec eux Alive de Pearl Jam, une chanson que j’adore(ai)s.

Ensuite, c’est au Jailhouse Rock (côté sud de l’avenue Mont-Royal entre Saint-Laurent et Clark) de tomber au combat. Ouf. Et quel combat ce fut! Une soirée mémorable. Not. On jouait dans la vitrine, le dos à la rue. Était-ce prémonitoire? Quand vous êtes dans une séquence musicale d’une chanson et que vous (et les autres) ne savez plus où vous vous situez, ça ne va pas bien. Et cette soirée là, deux fois plutôt qu’une. La première sur New Year’s Day de U2 et l’autre L.A. Woman de The Doors. Ouf, je vous disais? Parlez-en aux autres.  Peut-être c’est pour cela que le Jailhouse n’existe plus?

Enfin. Passons au suivant: le Caeser’s Pub sur Lincoln au coin de Guy près de l’Université Concordia. Aujourd’hui, c’est une combinaison de restaurants fast food. Ça aussi, c’est une soirée « mémorable »! Après ce concert, nous n’avons plus entendu parler de notre chanteur pendant des mois! Il nous a remis sa « démission » par courriel… C’est aussi la soirée où notre drummer était plus préoccupé à prendre un verre qu’à terminer le premier set. Ouf encore.

Suit, O’Tooles. En fait, je crois que nous avons fermé la chaîne de bars au complet! En existe-t-il encore au Québec? Anyway, qui ne souvient pas du fameux concert L’Épluchette de bananes à la succursale de Maisonneuve près de Saint-Hubert? Un classique. Un groupe avec des t-shirts à l’effigie d’une banane et notre offrande de mini-bananes avec sauce au chocolat. Je vous mets au défi de trouver un autre événement aussi marquant dans l’histoire musicale moderne. Bonne chance.

Le One. Ils ont résisté pendant un bout de temps car nous avons fait plusieurs spectacles à ce bar sur Crescent au sud de Saint-Catherine. Peut-être était-ce trop pour eux? En tout cas, ça n’existe plus.

Forts de ces fermetures, ou peut-être découragés, nous nous sommes dirigés vers Toronto; au Healey’s, le bar de Jeff Healy, ce guitariste canadien blues-rock aveugle. Il a été l’auteur de quelques succès, soit Angel Eyes et I Think I Love You Too Much. Encore une soirée mémorable. Nous avons ouvert la soirée devant deux autres groupes, dont un groupe punk formé d’avocats quinquagénaires aux cheveux colorés, et nous l’avons aussi fermée. Quelque peu amochés mais la salle l’était aussi. Fu***ng play it anyway.

Depuis, Jeff est décédé et son bar est fermé.

Décidés à faire quelque chose de valable, nous nous sommes inscrits au concours Emergenza consacré à la musique rock émergente et organisé dans plusieurs pays du monde. À force de plusieurs concerts et de support de la foule, nous nous sommes rendus à la finale canadienne, où nous avons été déclassés par le vainqueur international (!), The Sessions (sérieusement un groupe post-punk maintenant défunt à découvrir).

Premier concert du concours: La Place d’à côté sur Papineau « à côté » de La Tulipe. Nous nous sommes aventurés dans cette première étape avec aucun support de nos « milliers » de fans. Mais, nous l’avons remporté haut la main, ce que nous avons fait à deux autres reprises pour atteindre la finale canadienne. Aujourd’hui, La Place d’à côté c’est maintenant le Lobby Bar, bar branché avec DJ et menu branché, selon Google Maps…

Le grand moment: la finale canadienne au Medley, coin René-Lévesque et Saint-Denis. Pour les plus âgés, vous vous souvenez du Vieux Munich? Pas notre meilleure performance, surtout devant entre autres Too Tall, DJ de CHOM pendant plus de 40 ans. Dès le sound check, nous avons vite réalisé que nous n’étions pas de taille contre le groupe qui s’est mérité le titre international. Bref, aujourd’hui le Medley, c’est un Structube et des condos. Triste. J’y ai pris une bière à l’époque du Vieux Munich et vu Arctic Monkeys lors de leur deuxième passage à Montréal.

Déçus de notre performance à Emergenza, nous nous sommes quand même engagés à un concert au Kola Note (l’ancien Club Soda) sur Avenue du Parc près de Fairmount. À vrai dire, je ne me souviens plus beaucoup de ce concert. Pas très mémorable finalement.  Un débat fait rage entre le batteur et moi à savoir si à cette époque cette salle était encore le Club Soda ou le Kola Note. De toute façon, c’est pas important, il est fermé définitivement.

S’ensuit d’un drôle de concert à un bar sur Crémazie, coin Drolet. (soupir). Drôle parce que nous y avons joué la première partie à un groupe de jeunes ayant la moitié de notre age et complètement « paquetés ». Rien à ajouter à part qu’aujourd’hui c’est une clinique santé.

À partir de ce moment, nos concerts deviennent inexistants. Mais, malgré cela, le batteur et moi avons perpétué la tradition(gédie) au travers des autres groupes dans lesquels nous avons joué: le Spectrum pour Dave, un bar sur Saint-Laurent entre Prince-Arthur et l’avenue Des Pins pour moi, et finalement le Divan Orange (Saint-Laurent et Rachel) en 2018 pour lui et moi.

Au total, treize salles de concert ont fermé après notre passage. Quoi en penser? Est-ce un message que l’Univers nous envoie?

Peu importe. Comme vous pouvez le constater, tous ces concerts sont des souvenirs mémorables pour moi. Faire de la musique avec mes meilleurs chums et la partager avec vous, des amis, la famille et des étrangers, c’est un grand plaisir et privilège.

Rock ‘n’ roll ain’t gonna die – Rock and Roll ain’t Noise Pollution par AC/DC

Loved this? Spread the word



Autres textes

Il y a ces gens

Lire le texte

Le chef-d’oeuvre de la Nature

Lire le texte

Que dire, quoi faire?

Lire le texte

Je suis inquiet…

Lire le texte
Laisser un commentaire...

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec un*.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

{"email":"Email address invalid","url":"Website address invalid","required":"Required field missing"}