C’est à quel moment que l’on passe vers le rez-de-chaussée? Vous savez, à partir du sous-sol? En fait, de l’underground au mainstream, devrais-je dire.
La signification du terme « underground » (pas vraiment de traduction valable, désolé) varie d’une personne à l’autre, et même d’une région à l’autre. On entend par celui-ci – quoique un peu vague à mon goût -, tout ce qui n’est pas reconnu par le public en général.
Prenez par exemple la scène musicale de type hard rock ou heavy metal. Elle est bien « acceptée », n’est-ce pas? Qu’en est-il dans la péninsule arabique? Récemment, j’ai lu un article concernant le premier (!) groupe heavy metal féminin du Liban. Le premier! En 2018! Les Runaways avec Joan Jett, groupe formé en 1975, il y plus de 40 ans, ça vous dit quelque chose?
On comprendra alors que le groupe libanais Slaves to Sirens n’est probablement pas un groupe « reconnu » au Proche-Orient.
Pour vous? Qu’est-ce qui est underground au niveau de la musique?
Pour moi, il n’y pas grand chose que je considère comme tel, mais je reconnais qu’il y a des courants, groupes, styles qui sont moins populaires.
Ma question: c’tu bon? Si oui, ben, je l’écoute, peu importe le style.
Dans cette veine, plusieurs groupes locaux me viennent à l’idée. Bien que je ne puisse pas vraiment dire qu’ils sont inconnus, ce sont des bands clairement moins mainstream.
Dans un article du Voir de 2016, j’y ai lu, « J’entendais souvent des gens dire qu’ils écoutaient pas de musique québécoise, sauf Groovy Aardvark ». Ça, c’est moi.
En effet, je n’ai jamais été un grand fan de la musique québécoise, quoique j’ai beaucoup écouté Harmonium – on s’en reparlera- mais, au milieu des années 90, dans la vague du Grunge, j’ai découvert quelques groupes inspirants, surtout pour un jeune musicien de musique alternative. À cette époque, la scène musicale montréalaise était foisonnante; plusieurs groupes alternatifs en étaient à leurs débuts.
Pour moi, c’est avec Groovy Aardvark et GrimSkunk que j’ai débuté cette aventure; deux groupes punk hardcore québécois. Des déménageurs! Parce que, croyez-moi, ça déménage.
Juste la pièce d’ouverture du premier album de Groovy Aardvark (Eater’s Digest), Y’a tu kelkun? (video), vous comprendrez ce que je veux dire.
Leur deuxième album, Vacuum, est intéressant car il y a encore cette hargne mais mêlée à des pièces plus « commerciales ». Ben oui! Boisson d’avril (video) met en vedette la Bottine Souriante (!), et Groovy reprend même Le p’tit bonheur (video) de Félix Leclerc. Ça fonctionne! Inquiétez-vous pas parce que le reste de l’album, surtout avec la pièce, Dérangeant (video), s’assure de maintenir le tout.
Grimskunk. Que dire de ce groupe? Pas aussi évident. Dans tous les cas, attachez votre tuque! Leur premier album mêle du punk, du hardcore, du rock-progressif, un peu de ska; de grosses guitares et du drum pesant, avec des synthétiseurs bien présents. Ma pièce favorite: Silverhead. La vidéo est intéressante avec des danseuses venues d’un autre univers. Particulier.
Ensuite, c’est l’époque du ska. Pas celle de Bob Marley, mais plutôt du ska-rock. À Montréal, à mon souvenir, c’est la folie de ce genre: Me Mom and Morgentaler, The Kingpins, The Planet Smashers, Venus 3, Alaska, Yelo Molo, et j’en oublie sûrement! Pour moi, c’est la découverte d’un style upbeat avec des horns. Un bonheur.
Mon premier contact avec ce style, ce fût Me Mom and Morgentaler avec le grand Gus et la pièce Your Friend, dont la vidéo roulait pas mal à Musique Plus.
Un souvenir de ce groupe: deux spectacles mémorables! La première fois aux Foufounes Électriques et, la seconde, au Festival de Jazz de Montréal au Métropolis. Ce dernier est un des meilleurs shows que j’ai vus à vie! Encore une fois, j’avais mes chums de band, toujours sceptiques (soupir)! Mais, encore ressortis du concert éblouis – I’m always right, guys!
Ensuite, The Kingpins, duquel j’ai joué avec le bassiste dans le groupe The Luckies. Trois pièces que j’aime: Thunderball – reprise du thème principal du film éponyme de la série James Bond, 007, L’Aventurier, une reprise du groupe français, Indochine, et Manon vient danser le ska, une chanson originale de Donald Lautrec. Cool!
Pour ceux de ma génération, vous vous souviendrez certainement de Yelo Molo, ce groupe francophone des Laurentides qui a eu du succès avec la chanson Gros Zéro. Mais, on se rappellera davantage des covers des séries animées Goldorak, Le Petit Castor et les Mystérieuses cités d’or. Brillant.
Dans le catégorie « poids lourds »: Voivoid. Un groupe heavy metal originaire du Saguenay qui a eu une carrière internationale florissante malgré toutes les embûches vécues par ce groupe (décès du guitariste original, emporté par un cancer, et la maladie d’un autre membre). Chapeau.
Belle reconnaissance par leurs pairs, notamment Metallica. Un de ses bassistes a même fait partie du groupe après son départ de ce dernier.
J’aime bien l’album Nothingface qui contient la reprise Astronomy Domine de Pink Floyd et dont la couverture, comme toutes les autres du groupe, a été conçue et dessinée par le batteur, Michel Langevin, celui-ci étant un artiste graphique accompli. Fait à noter: ce dernier a participé à une nouvelle version – rock! – de Men Without Hats dans les années 1990. À écouter: Sideways (video).
Enfin, plus récemment, un artiste québécois plus fringe que j’aime bien: Xavier Caféine (ou son groupe Cafeine). Ses chansons punk sont vraiment intéressantes. Écoutez notamment Cigarette, Vieux Vicieux et Electric.
Finalement, notre sous-sol, il est pas si pire, n’est-ce pas?
If you shut up Truth, and bury it underground, it will but grow. – Émile Zola
