Une enquête de l’Inspecteur Muso
Une nouvelle de Bruno Ménard
Inspirée d’un moment hilarant
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Ce sera une drôle journée aujourd’hui. Malgré le ciel bleu sans nuages et la température confortable de début d’automne, ce sera vraiment une drôle de journée.
En effet, c’est dans quelques minutes que le corps inanimé de Madame Matta Harry, artiste-peintre célèbre, sera découvert dans sa maison de Bully-sur-Mer.
Ce sera une drôle de journée dans cette petite bourgade bien simple où la vie est tranquille et où la grande effervescence de la journée est l’arrivée du train d’onze heures et quarante-cinq minutes précises, amenant avec lui les quelques rares visiteurs. Le restaurant de la Place Centrale se fait une beauté pour les accueillir alors qu’au Chat Botté, le bottier du village, on s’assure que les affiches des soldes soient bien à la vue. De l’autre côté de la place, au-delà de la fontaine, l’épicerie et la boucherie, séparées que par le bureau de poste, préparent leurs étals respectifs.
Le propriétaire du Chat Botté, Monsieur Brottillon salue les arrivants, Madame Brocoli-Foypagratti époussète ses fruits et légumes alors que le boucher, Monsieur Areteoze, propose aux passants des échantillons de ses charcuteries.
Voilà la journée qui s’entame comme d’habitude à Bully-sur-Mer. Hélas, ce sera une drôle de journée.
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C’est au retour de sa marche avec la chienne de Madame Harry que la promeneuse, Madame Bonbonnière, fera la macabre découverte. Dans la cuisine de sa résidence, étalée sur le carrelage noir et blanc entre la cuisinière et l’ilot de découpe, Madame Harry git de tout son long, cuillère de bois à la main. Prise de panique, Madame Bonbonnière s’enfuit aussitôt en criant.
À ce moment, sur la Place Centrale, tous entendirent un cri d’épouvante et virent Madame Bonbonnière courir à toute allure, suivie de la chienne toujours en laisse, quoique à sa traine. Rapidement, un attroupement se forma autour d’elle afin de la calmer et de la raisonner.
Alors qu’elle tentait d’expliquer la source de sa terreur, un monsieur s’interposa calmement.
« Je suis l’Inspecteur Muso, police d’enquête de la Grande Ville. Faites de la place. Donnez-lui de l’air, une chaise et un peu d’eau, bon sens! », dit-il d’un ton affirmé et calme.
L’inspecteur était justement à Bully-sur-Mer pour sa promenade du weekend. Avec toutes les enquêtes qu’on lui confiait, il avait peu de temps à lui et cette journée était son échappatoire. À la Grande Ville, Inspecteur Muso était reconnu pour sa perspicacité et son flair; peu de choses lui échappaient. Pas grand de taille mais un peu enveloppé, il était clair que cet homme commandait le respect. Il avait la stature de quelqu’un qui savait se faire respecter et que rien ne l’empêcherait d’arriver à ses fins; son habillement tout de noir impeccable et sa casquette plate noire ne faisant qu’accroitre sa prestance.
Après avoir dispersé la foule, il prit une autre chaise et s’assit devant Madame Bonbonnière, un coude au genou, penché vers elle en posture inquisitrice.
« Alors Madame. Que se passe-t-il pour que vous ayez cette crise? Racontez-moi. »
Au travers de ses sanglots et tentant de reprendre un semblant de respiration, elle parvint à dire à l’Inspecteur Muso, « Ma-a-da-ame Harry, Ma-a-da-ame Harry, est… », pour s’étouffer à nouveau en pleurs.
« Madame Harry? Qu’est-ce qu’elle a cette dame? Nous savons que c’est une artiste bien connue qui habite ici, et puis? », lui dit l’Inspecteur sur un ton davantage lassé par les pleurs de Madame Bonbonnière que devoir écourter sa journée de congé.
Reniflant et mouchant dans le mouchoir offert par l’Inspecteur, elle parvint à reprendre ses sens et lui dire « Ma-a-da-ame Harry est morte! »
« Ah bon! Comment savez-vous cela? Dites-moi. »
« Je-e viens de-e la dé-é-couvrir dans sa-a cuisine ».
Se levant d’un trait l’Inspecteur Muso prit le bras de Madame Bonbonnière en l’enjoignant de se lever. « Montrez-moi », lui dit-il.
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Arrivé à la résidence de Madame Harry, une petite maison chic et bien entretenue dans une rue retirée de la Place Centrale, l’Inspecteur Muso constata rapidement les dires de Madame Bonbonnière. Derrière elle, près de la porte d’entrée, des curieux, dont l’épicière, le bottier et le boucher, observaient la scène tout en murmurant des hypothèses.
« Ce doit être elle qui l’a tuée! La Dame la traitait tellement vilainement », dit un.
« Ah non, je ne crois pas. Ce doit être un de ces étrangers qui arrivent par le train le samedi. C’est de la racaille, je vous dis », répliqua l’autre.
« Mais, en tout cas, elle était pas commode l’artiste. Elle a p’t’être bien mérité son sort? » renchérit enfin un autre.
Pendant ce temps, l’Inspecteur Muso observait la scène de crime en se parlant tout bas, comme s’il récitait une prière.
« Chaudron encore chaud. Cuillère à la main. Aucun signe de violences. Pas de traces d’arme utilisée. Aucun signe d’entrée par effraction. »
C’est à ce moment que le médecin légiste fit bruyamment son apparition dans la cuisine.
« Régis Papadélice, médecin légiste », montrant ses pièces d’identité à Muso. « J’étais également son médecin traitant, à cette dame. Véritable force de la nature », dit-il en regardant la scène devant lui. Grand et mince, un peu échevelé, des touffes de poils à titre de barbe avec de petites lunettes à broches minces, Dr. Papadélice donnait plutôt l’air d’être un savant fou un peu perdu qu’un médecin légiste, pensa l’Inspecteur. Mais à voir les gens qui habitent ce bled, peut-être est-il les deux, se dit-il.
« Elle serait morte de quoi alors? »
« Meurtre ».
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Un peu décontenancé, l’Inspecteur se tourna vers le médecin légiste avec un regard incrédule, « Vraiment? Et vous avez déduit cela comment? J’en suis fort intéressé. »
« Personne ne l’aimait. Tout le monde la détestait. Voilà tout ».
« Alors, Monsieur le médecin légiste, que spéculez-vous? », dit l’Inspecteur Muso d’un ton plutôt arrogant.
« Ah ben ça, c’est pas mon département. C’est le vôtre, n’est-ce pas? Moi, je ne fais que vous dire ce que je pense, vous savez. Mais, à connaitre la dame et son historique, j’vous parierais mon stéthoscope que quelqu’un lui a fait la passe. »
« Eh bien », dit Muso entre ses dents, « examinons la dame afin de déterminer une cause de décès. N’est-ce pas votre département? »
Pendant que Dr. Papadélice s’affairait à examiner le corps de Madame Harry, Muso fit le tour de la maison, constatant rapidement qu’outre la cuisine, rien n’avait été déplacé, touché ou semblait avoir un lien avec le décès de cette dame.
À ce moment, un doute se pointa dans sa réflexion. Et, si justement, la cause du décès se trouvait dans la cuisine? Mais, autre que le chaudron sur le feu et la cuillère de bois dans la main de la défunte, rien d’autre ne pointait vers une cause quelconque.
« Alors? », dit l’Inspecteur avec un signe de tête vers la défunte.
« Bah, pas grand chose. Clairement, aucune attaque ou violence, mais d’autre part, malgré le fait que la défunte soit, ben justement, défunte, son corps et les analyses sommaires démontrent une femme en parfaite santé. »
« Hum. Et comment une femme en parfaite santé peut-elle mourir comme cela »?
« Par meurtre, comme je vous ai dit il y a quelques minutes. Vous m’écoutiez? », dit le médecin toujours penché au-dessus du corps.
Si la rage pouvait réellement produire de la fumée, il en sortirait une quantité industrielle des oreilles de l’Inspecteur Muso. Meurtre il y en aura s’il continue comme ça, se dit-il en le fusillant du regard.
S’efforçant de demeurer poli et calme, il lui demanda « Vous disiez qu’elle était détestée? À votre avis, qui la voudrait morte alors? »
« Ben, tout le monde, j’vous dirais ».
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Prenant avantage du fait que les curieux étaient toujours à la porte de la maison, Inspecteur Muso procéda à rencontrer certains d’entre eux afin de poursuivre son enquête.
Il débuta avec l’épicière, une dame distinguée et fière. Vêtue d’un tailleur bleu marine avec un foulard en soie liséré de fil d’or, Madame Brocoli-Foypagratti était assise très droite et au bout du siège, jambes croisées aux chevilles, les mains posées sur les genoux.
« Madame, vous connaissiez la défunte? », dit l’inspecteur.
« Bien sur! Quelle question. Elle venait faire son épicerie à tous les deux jours. Une vraie vache! », répondit-elle sèchement.
« Et, donc, j’en déduis que vous ne l’aimiez pas? »
« Et bien donc, vous êtes l’image d’un savant, vous! »
« J’en conviens, Madame, euh… »
« Brocoli-Foypagratti. »
« Oui, bon, alors. Mis à part cela, vous aviez une relation conflictuelle avec Madame Harry? », poursuivi-t-il.
« Non. »
« Euh, donc, pourquoi vous dites qu’elle était vache? »
« Elle m’a forcée à acheter une toile en guise de paiement pour son épicerie. »
« Et, vous avez accepté? Pourquoi? »
« Et pourquoi pas? Sa toile ne vaut peut-être pas beaucoup mais c’est mieux que rien. Je n’étais pas pour laisser cette pauvre dame mourir de faim. Je suis épicière et j’ai un devoir envers la population de la nourrir », répliqua-t-elle à l’Inspecteur en levant le menton.
« Bien, pour les fins de l’enquête, pouvez-vous me dire où vous étiez ce matin vers les onze heures? », dit-il d’un ton lassant.
« Ah! Vous me prenez pour un suspect? Le culot que vous avez! J’étais à mon magasin, vous saurez. À la vue et au su de tous les habitants. Voilà. C’est tout, Môssieur l’Inspecteur? »
« Oui, oui. Merci. »
Aussi dit, aussi fait, Madame Brocoli-Foypagratti s’est éclipsée.
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S’ensuivit Monsieur Brotillon, le propriétaire du Chat Botté.
Bon, ça ne pourra pas être pire, se dit Muso.
« Bonzour cherrr Messieu », entend-t-il en se relevant la tête. Pas être pire? Hum.
« Ah, bonjour Monsieur Brotillon. Assoyez-vous », lui dit-il en rebaissant rapidement les yeux.
Grand, mince et élancé, les cheveux cirés peignés à l’arrière, les mains manucurés, Monsieur Brotillon s’est assis très délicatement sur la chaise, prenant garde d’essuyer toute poussière pouvant venir en contact avec son habit soigneusement pressé.
« Que je puis-je faire pour vooouuus Monsieur l’agent? », dit-il avec un clin d’oeil.
« Euh. Bien. Vous savez… »
Monsieur Brotillon de répondre avant même que Muso ait terminé sa phrase, « Oui, je sais, je sais… », en hochant de la tête.
Se reprenant, l’Inspecteur le coupa rapidement et lui dit « Où étiez-vous ce matin vers les onze heures? »
« Ah, mais vous êtes coquin, vous, Monsieur l’agent », dit-il avec un grand sourire. « J’étais devant ma boutique à saluer les clients potentiels venant de descendre du train. Vous savez, les chaussures, ce n’est plus ce que c’était auparavant. »
« Ah bon? Et pourquoi? »
« Bah, les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucune fierté, contrairement aux anciens. Par exemple, vous, vous êtes charmant avec votre habit et votre chapeau », dit le bottier en dévisageant Inspecteur Muso de haut en bas.
« Oui, bon revenons au sujet qui nous préoccupe. Vous connaissiez Madame Harry? »
« Mais bien sûr! Elle venait souvent à la boutique. Ce n’était pas ma cliente préférée, mais bon, qui suis-je pour juger? »
« Ah bon. Pourquoi elle n’était pas votre préférée, dites-moi? »
« Bien, si je dois tout vous dire, son crédit n’était pas très bon. Je devais accepter de prendre une de ces toiles comme paiement. À vrai dire, j’aime bien ce qu’elle fait, pardon, faisait, mais, comme paiement, alors là, on reviendra. »
Muso leva un sourcil inquisiteur, « Ah oui? Vous n’êtes pas le premier à m’indiquer qu’elle payait avec des toiles. Pourquoi avez-vous accepté alors? »
« Bah. Je ne souhaite pas argumenter avec mes clients, surtout ceux comme Madame Harry » dit-il haussant les épaules.
« Je vous remercie Monsieur, vous pouvez disposer. »
L’air offusqué, Brotillon répondit « Déjà? Et je croyais que vous passiez un bon moment. Je vous laisse donc mes coordonnées si jamais vous désiriez avoir d’autres informations. Peut-être vers 17 :00? Un verra à la main? Hmm? »
« Euh. Merci. Mais. Euh. Non. Merci. Je suis en service. Bonne journée » dit l’Inspecteur hâtivement.
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Hm. Espérons que le prochain sera moins gonflant.
« Prochain! », cria-t-il vers la porte d’entrée.
À contrejour, la personne s’approchant de lui avait l’air d’un énorme ballon de plage. Il s’avançait d’un pas lent dodelinant, respirant plutôt fort.
« Ah, Monsieur Areteoze, assoyez-vous s’il vous plaît. »
À ce moment, Dr. Papadélice s’introduisit dans la pièce en remontant ses lunettes sur son nez. « Alors, Inspecteur, nous avons procédé à une analyse toxicologique sommaire… ».
À ce moment, on entendit un curieux bruit provenant de la cuisine ainsi que, quelques instants plus tard, une odeur fétide. « Qu’est-ce cela, Docteur? », s’enquit Inspecteur Muso en se bloquant le nez avec son mouchoir.
« C’est la défunte », dit-il d’un ton neutre.
« Comment la défunte? Expliquez-vous », pesta Inspecteur Muso.
Semblant un peu ennuyé par les questions insistantes de l’Inspecteur, le Docteur lui répondit « Bien, dans les heures qui suivent le décès, le corps peut encore produire des réactions biologiques, comme de la flatulence. »
Avec un air de mi-dégout, Muso retourna son attention au boucher, Monsieur Areteoze, laissant Papadélice un peu pantois.
« Alors, Monsieur, que pouvez-vous me dire de la défunte, Madame Harry? »
Tout rouge, le boucher débita à toute vitesse « Madame Charry n’aimait pas la viande mais elle m’en achetait tous les chours pour cha chienne. Toujours de la viande de qualité première. Sinon, chi je refuchais, elle me menachait de me dénoncher aux autorités de mon manque de cherviche à une cliente excheptionnelle et fidèle. Vous savez, moi, mon commerche, ch’est ma vie! Je ne peux pas perdre mon commerche! Mais une telle viande pour un chien, vous chavez, ch’est pas fachile d’arriver… »
Muso l’interrompit « C’est compris Monsieur Areteoze. Merci. Avez-vous accepté une toile de Madame Harry à titre de paiement? »
Surpris, le boucher, toujours aussi rouge, baissa les yeux « Oui, mais vous chavez, je n’avais pas le choix. Je dois continuer à attirer des gens dans mon commerche. Ch’est pas facile avec tout che qui che dit sur la viande et les charcuteries aujourd’hui. Vous chavez, les jeunes n’en mangent plus. Ils préfèrent la verdure à un bon chteak. Vous chavez qu’un chteak, c’est une bonne chourche de protéines qui … »
« Oui, oui, merci », coupa sèchement Inspecteur Muso alors qu’à nouveau des bruits incongrus provinrent de la cuisine. Mais que se passe-t-il?
Il se leva pour se diriger vers la cuisine. Monsieur Areteoze poursuivit « Mais, inchpecteur, vous n’allez pas m’arrêter j’echpère? Inchpecteur ch’il-vous-plaît, vous chavez, j’ai mon commerche! »
« Oui, oui, vous pouvez partir. Allez » dit Muso en poursuivant sa direction. « Docteur! Que se passe-t-il encore? »
Docteur Papadélice était accroupi près de la défunte et lui tâtait le bas ventre. « Borborygmes. »
« Quoi ? » lança l’Inspecteur, l’air incrédule.
« Des borborygmes; des glous-glous dans l’intestin. N’avez-vous pas lu votre manuel médical à l’école d’enquête, inspecteur? », répondit-il sans le regarder. « Madame était peut être en santé, mais clairement, son dernier repas ne lui convenait pas. J’vous dirais que ça brasse pas mal là-dedans. Vous voulez sentir? »
Toujours fulminant, Muso lui-dit entre les dents « Merci, je vais passer mon tour. » Se retournant alors vers la cuisinière, il remarqua à nouveau le chaudron. « Mais, se pourrait-il alors que la source du meurtre se retrouve dans ce qu’elle préparait ce matin? »
Se relevant, Papadélice dit « Ah. P’têtre bien. Vous savez, lorsque ma femme me prépare son fameux bouilli familial, j’en ai des borborygmes, pardon des « glous-glous », pendant des jours à la suite. C’est un peu puissant cette affaire-là. »
Dévisageant le médecin, Inspecteur Muso dit « Avez-vous fait des tests sur ce qu’il y a là-dedans? », tout en pointant le chaudron.
« Ah ben, non, à vrai dire. Goutons-y », dit-il en prenant une cuillère et s’élançant vers le chaudron.
« Mais que faites-vous, bon dieu? Voulez-vous mourir maintenant? », s’écria Muso.
« Je suis immunisé. Des années de pratique vous rendent tolérant à bien des choses », affirma-t-il en approchant la cuillère à ses lèvres. Il prit une lampée du mélange toujours fumante. « Ah, c’est pas mauvais vous savez. Vous voulez gouter? »
« Non. Merci. Mais quoi d’autre? »
« C’est bon, mais ça tombe comme une brique dans l’estomac », dit le médecin légiste en se prenant le ventre, un borborygme résonnant alors. « Ouf, gouteux mais clairement difficile pour la digestion », au travers d’éructations senties.
« Alors, votre conclusion, docteur? », dit Muso exaspéré.
« Indigestion. »
« Pardon? », lança furieusement Inspecteur Muso.
« Madame est décédée d’une sévère indigestion. »
Rageant, Muso lui lança « Comment, indigestion? Vous aviez indiqué plus tôt que vous spéculiez un meurtre! Comment pouvez-vous maintenant dire que la cause serait une indigestion? »
« Ben, je vous ai dit que c’est pas mon domaine de résoudre des meurtres. Vous vous souvenez? Vous savez, dans le métier que vous faites, il faut pratiquer l’écoute. C’est utile. »
Furieux, l’Inspecteur Muso prit la casserole sur le feu et asséna un coup à la tête du médecin légiste qui s’affaissa de tout son long par dessus le corps de Madame Harry, mort sur le champs. Madame Bonbonnière, toujours présente, poussa à nouveau un cri morbide et s’enfuit à la course, suivit encore de la chienne, toujours en laisse.
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Quelques mois plus tard, quoique encore un jour habituel à Bully-sur-Mer, ce sera une drôle de journée. Avec les visiteurs du train d’onze heures et quarante-cinq, les préparatifs au restaurant pour les recevoir sont bien en cours. Monsieur Brotillon à la porte de son commerce les salue, Madame Brocoli-Foypagratti époussète ses étals alors que le boucher, Monsieur Areteoze, offre ses charcuteries en dégustation aux passants. Ce sera une drôle de journée.
Sur la Place Centrale, un homme en habit noir rayé de lignes verticales blanches, chemise blanche, cravate jaune à pois blancs et noirs, et souliers cirés, se positionne au centre près de la fontaine et entonna « Gens de Bully-sur-Mer, votre attention s’il-vous-plaît. »
Ayant captivé les gens, il poursuivit, « Suite au décès de Madame Matta Harry, un encan fut récemment tenu à la Grande Ville en relation aux toiles qu’elle détenait toujours et qui n’avaient pas été vendues. Celles-ci ont trouvé preneur à des prix plus que mirobolants, sa popularité posthume ayant fait décupler la valeur de ses toiles. Si vous êtes détenteur d’une ou plusieurs des œuvres de cette artiste, je vous invite à venir me voir afin que je puisse vous remettre une forte somme. Plaisir. »
Incrédules, Monsieur Brottillon, Madame Brocoli-Foypagratti et Monsieur Areteoze se regardèrent, un sourire apparaissant sur leur visage.
Une drôle de journée.
LA FIN
